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exposition été 2017

atelier relais

nouveauté

La robe et le nuage

Les applications des rayons X et de la radioactivité, qui se déploient aujourd’hui dans les champs de la recherche, de la médecine, de l’industrie nucléaire et de l’armement....

Vous avez dit carré ?

En examinant les cubes en terre cuite de Mylène Peyreton, on serait tenté de penser que les faces carrées figurent les quatre éléments : la terre, l’eau, l’air et le feu. Quatre symboles cristallisés par l’essence même de la céramique. Mais le travail de Mylène va bien au-delà de cette simple évocation, un peu terre à terre.


 

Sa réflexion sur le carré et toutes les séries qu’elle a entreprises s’enracine profondément dans la tradition ancestrale qui anime tous les artistes, et les architectes, depuis la nuit des temps. Cette forme parfaite dont la progression mathématique devient « magique » a présidé à la construction des plus grands édifices, à la réalisation d’œuvres picturales les plus saisissantes. La modénature que l’antiquité grecque utilise dans l’édification de ses temples, les tracés régulateurs que Villard de Honnecourt griffonne sur des carnets de croquis pour la construction des cathédrales s’inspirent de cette formule géométrique aux multiples applications et aux progressions rigoureuses.

La célèbre « Melencolia » gravée par Albrecht Dürer en 1514 représente l’exemple le plus abouti : le carré détermine la composition de l’œuvre tout entière, souligne toutes les lignes de force et codifie la lecture. Plus près de nous, le tracé du décor de la porte monumentale que réalise Le Corbusier à la chapelle de Ronchamp s’inspire directement du retable de Boulbon (xvie s.) bâti sur un double carré.

                Au-delà de cette pensée qui la nourrit et l’ensemence, elle bâtit sa voûte céleste comme une coupole qu’elle élève sur les piliers du carré. Cet ésotérisme qu’elle dissimule derrière la complexité de la matière lui convient bien, mais il ne faudrait pas qu’il oblitère les qualités plastiques et architecturales que son œuvre dégage.

              

Tout est juste dans ses cubes de terre qu’elle a pétris, tapés, séchés pendant de très longues heures. Des cubes – six carrés – qui s’assemblent, s’accumulent, se disposent, s’alignent dans un espace architectural parce qu’elle raisonne en architecte, pense en architecte, bâtit en architecte.

                Alors que les volumes s’organisent, s’urbanisent, que les plans se singularisent et se régularisent, le carré impose sa rigueur et trace ses infinies combinaisons, ses multiples séries dans un certain ordre annoncé. Mylène Peyreton rejoint les artistes tourmentés par le mystère du carré. Tout son art s’enracine sur sa fascinante présence.

             

Une fois de plus son travail nous renvoie à notre propre existence en poussant la recherche au-delà du dicible. Il représente toujours un événement plastique inattendu et apprécié.

 

Texte Christophe Cousin, conservateur honoraire des musées de Belfort

photgraphies Pierre - François Massardier